LES PLAISIRS ET LE JOURS

“En mai 1892,dans le numero 3 [de Le Banquet] Proust publie cinq études.[…] “Esquisse d’après Madame…” est le premier portrait peint per Marcel de Mme. de Chevigné, qui lui inspirera le visage de la duchesse de Guermantes […]. L’ image ne variera plus jusqu’au Côté de Guermantes.”  Jean-Yves Tadié “Marcel Proust. Biographie”:

« Comment pouvez-vous préférer Hippolyta aux cinq autres que je viens de dire et qui sont les plus incontestables beautés de Vérone ? D’abord, elle a le nez trop long et trop busqué. » […] Pourtant son rire m’impressionne infiniment, et les profils les plus purs me laissent froid auprès de la ligne de son nez trop busquée à votre avis, pour moi si émouvante et qui rappelle l’oiseau. Sa tête aussi est un peu d’un oiseau, si longue du front à la nuque blonde, plus encore ses yeux perçants et doux. Souvent, au théâtre, elle est accoudée à l’appui de sa loge ; son bras ganté de blanc jaillit tout droit, jusqu’au menton, appuyé sur les phalanges de la main. Son corps parfait enfle ses coutumières gazes blanches comme des ailes reployées. On pense à un oiseau qui rêve sur une patte élégante et grêle. Il est charmant aussi de voir son éventail de plume palpiter près d’elle et battre de son aile blanche.”

M. Proust ‘Les plaisirs et les jours”

Nadar: "Comtesse de Chevigné" (1885)
Nadar: “Comtesse de Chevigné” (1885)

 

CÔTÉ DE GUERMANTES

“On eût dit que la duchesse [de Guermantes] avait deviné que sa cousine dont elle raillait, disait-on, ce qu’elle appelait les exagérations […] aurait ce soir une de ces toilettes où la duchesse la trouvait « costumée », et qu’elle avait voulu lui donner une leçon de goût. Au lieu des merveilleux et doux plumages qui de la tête de la princesse descendaient jusqu’à son cou, au lieu de sa résille de coquillages et de perles, la duchesse n’avait dans les cheveux qu’une simple aigrette qui dominant son nez busqué et ses yeux à fleur de tête avait l’air de l’aigrette d’un oiseau. Son cou et ses épaules sortaient d’un flot neigeux de mousseline sur lequel venait battre un éventail en plumes de cygne, mais ensuite la robe, dont le corsage avait pour seul ornement d’innombrables paillettes soit de métal, en baguettes et en grains, soit de brillants, moulait son corps avec une précision toute britannique.”

M. Proust: “Le Côté de Guermantes”

Vestíbul de l'Òpera de Charles Garnier, inaugurada el 1875
Vestíbul de l’Òpera de Charles Garnier, inaugurada el 1875

 

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