LES PLAISIRS ET LE JOURS: MÉLANCOLIQUE VILLÉGIATURE DE MADAME DE BREYVES

“l’association d’une phrase des Maîtres Chanteurs avec celui-ci, tout cela annonce “Un amour de Swann”: ainsi lorsque l’héroine réentend à Trouville  le leitmotiv  de l’homme qu’elle  aime, elle fond en larmes (comme Swann réentendant la phrase de Vinteuil à la soirée de Mme. de Saint Euverte)”.  Jean-Yves Tadié “Marcel Proust. Biographie”:

“Une phrase des Maîtres chanteurs entendue à la soirée de la princesse d’A… avait le don de lui évoquer M. de Laléande avec le plus de précision (Dem Vogel der heut sang dem war der Schnabel hold gewachsen). Elle en avait fait sans le vouloir le véritable leitmotiv de M. de Laléande, et, l’entendant un jour à Trouville dans un concert, elle fondit en larmes. De temps en temps, pas trop souvent pour ne pas se blaser, elle s’enfermait dans sa chambre, où elle avait fait transporter le piano et se mettait à la jouer en fermant les yeux pour mieux le voir, c’était sa seule joie grisante avec des fins désenchantées, l’opium dont elle ne pouvait se passer.” . Proust ” Mélancolique villégiature de Mme. de Breyves”

 

UN AMOUR DE SWANN

“Mais tout à coup ce fut comme si elle était entrée, et cette apparition lui fut une si déchirante souffrance qu’il dut porter la main à son cœur. C’est que le violon était monté à des notes hautes où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu’il cessât de les tenir, dans l’exaltation où il était d’apercevoir déjà l’objet de son attente qui s’approchait, et avec un effort désespéré pour tâcher de durer jusqu’à son arrivée, de l’accueillir avant d’expirer, de lui maintenir encore un moment de toutes ses dernières forces le chemin ouvert pour qu’il pût passer, comme on soutient une porte qui sans cela retomberait. Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire : « C’est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n’écoutons pas ! » tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu’il avait réussi jusqu’à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d’amour qu’ils crurent revenu, s’étaient réveillés et, à tire d’aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur.”

M. Proust “Du côté de chez Swann”

jeremyirons-swann-in-love-2b

 

 

Advertisements