PROMENADE

Le 18 août (de 1894), Marcel part pour le château de Réveillon, où Madeleine Lemaire l’ha invité por un mois. Il y retrouve Reynaldo Hahn; leur amitié s’approfondit.” Jean Yves-Tadié “Marcel Proust. Biographie”

“Le jour de mon arrivée, nous allâmes ensemble nous promener dans le jardin. Nous passions devant une bordure de rosiers du Bengale, quand soudain il se tut et s’arrêta. Je m’arrêtai aussi, mais il se remit alors à marcher, et je fis de même. Bientôt il s’arrêta de nouveau et me dit avec cette douceur enfantine et un peu triste qu’il conserva toujours dans le ton et dans la voix : ” Est-ce que ça vous fâcherait que je reste un peu en arrière ? Je voudrais revoir ces petits rosiers. ” Je le quittai. Au tournant de l’allée, je regardai derrière moi. Marcel avait rebroussé chemin jusqu’aux rosiers. Ayant fait le tour du château, je le retrouvai à la même place, regardant fixement les roses. La tête penchée, le visage grave, il clignait des yeux, les sourcils légèrement froncés comme par un effort d’attention passionnée, et de sa main gauche il poussait obstinément entre ses lèvres le bout de sa petite moustache noire, qu’il mordillait.”  Reynaldo Hahn

reynaldo-hahn

 

LE ROSIER

“Le plaisir que Jean goûtait alors était autant en lui-même que dans le rosier. Henri le sentait et s’éloignait pour le laisser plus à l’aise, pour qu’il pût mieux chercher en lui-même tout ce que sentait cette odeur”.

M. Proust “Jean Santeuil”

Madeleine-Jeanne Lemaire: "Roses"
Madeleine-Jeanne Lemaire: “Roses”

 

LES AUBÉPINES

“Puis je revenais devant les aubépines comme devant ces chefs-d’œuvre dont on croit qu’on saura mieux les voir quand on a cessé un moment de les regarder, mais j’avais beau me faire un écran de mes mains pour n’avoir qu’elles sous les yeux, le sentiment qu’elles éveillaient en moi restait obscur et vague, cherchant en vain à se dégager, à venir adhérer à leurs fleurs. Elles ne m’aidaient pas à l’éclaircir, et je ne pouvais demander à d’autres fleurs de le satisfaire. Alors me donnant cette joie que nous éprouvons quand nous voyons de notre peintre préféré une œuvre qui diffère de celles que nous connaissions, ou bien si l’on nous mène devant un tableau dont nous n’avions vu jusque-là qu’une esquisse au crayon, si un morceau entendu seulement au piano nous apparaît ensuite revêtu des couleurs de l’orchestre, mon grand-père m’appelant et me désignant la haie de Tansonville, me dit : « Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose ; est-elle jolie ! » En effet c’était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches.”

M. Proust “Du côté de chez Swann”

D. Sinyavsky: "Aubépines en Val de Marne" 2015
D. Sinyavsky: “Aubépines en Val de Marne” 2015

 

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