LES PLAISIRS ET LES JOURS

“La main de Baldassare remuait fiévreusement. Tout à coup il entendit un petit bruit argentin, imperceptible et profond comme un battement de cœur. C’était le son des cloches d’un village extrêmement éloigné, qui, par la grâce de l’air si limpide ce soir-là et de la brise propice, avait traversé bien des lieues de plaines et de rivières avant d’arriver jusqu’à lui pour être recueilli par son oreille fidèle. C’était une voix présente et bien ancienne ; maintenant il entendait son cœur battre avec leur vol harmonieux, suspendu au moment où elles semblent aspirer le son, et s’exhalant après longuement et faiblement avec elles. À toutes les époques de sa vie, dès qu’il entendait le son lointain des cloches, il se rappelait malgré lui leur douceur dans l’air du soir, quand, petit enfant encore, il rentrait au château, par les champs.” M. Proust  “La mort de Baldassare Silvande, vicomte de Sylvanie”.

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“El recuerdo de los motivos románticos, con elementos como el sonido de la campana, remite a la memoria involuntaria; la armonía entre el alma y el paisaje proceden de Chateaubriand, motor confesado en A la busca del tiempo perdido de esa memoria involuntaria, en quien Proust encuentra recursos de la reminiscencia”. M. Armiño

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Castell de Combourg

 

LE TEMPS RETROUVÉ

“Et déjà je pouvais dire que si c’était chez moi, par l’importance exclusive qu’il prenait, un trait qui m’était personnel, cependant j’étais rassuré en découvrant qu’il s’apparentait à des traits moins marqués, mais reconnaissables, discernables et, au fond, assez analogues chez certains écrivains. N’est-ce pas à mes sensations du genre de celle de la madeleine qu’est suspendue la plus belle partie des Mémoires d’Outre-Tombe : « Hier au soir je me promenais seul… je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. À l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel ; j’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. » Et une des deux ou trois plus belles phrases de ces Mémoires n’est-elle pas celle-ci : « Une odeur fine et suave d’héliotrope s’exhalait d’un petit carré de fèves en fleurs ; elle ne nous était point apportée par une brise de la patrie, mais par un vent sauvage de Terre-Neuve, sans relation avec la plante exilée, sans sympathie de réminiscence et de volupté. Dans ce parfum, non respiré de la beauté, non épuré dans son sein, non répandu sur ses traces, dans ce parfum chargé d’aurore, de culture et de monde, il y avait toutes les mélancolies des regrets, de l’absence et de la jeunesse. » M. Proust

 

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Flors bicolors de les faves
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