“Proust n’aurait pas vu Nerval comme un père faible et sans défense à restaurer, mais bien comme un père trop fort à dépasser. Et il aurait consacré sa vie à ce défi.” Umberto Eco

GÉRARD DE NERVAL: SYLVIE

“Mon regard parcourait vaguement le journal que je tenais encore, et j’y lus ces deux lignes: « Fête du Bouquet provincial. – Demain, les archers de Senlis doivent rendre le bouquet à ceux de Loisy. » Ces mots, fort simples, réveillèrent en moi toute une nouvelle série d’impressions : c’était un souvenir de la province depuis longtemps oubliée, un écho lointain des fêtes naïves de la jeunesse. – Le cor et le tambour résonnaient au loin dans les hameaux et dans les bois; les jeunes filles tressaient des guirlandes et assortissaient, en chantant, des bouquets ornés de rubans. – Un lourd chariot, traîné par des bœufs, recevait ces présents sur son passage, et nous, enfants de ces contrées, nous formions cortège avec nos arcs et nos flèches, nous décorant du titre de chevaliers, – sans savoir alors que nous ne faisions que répéter d’âge en âge une fête druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles.”

Gérard de Nerval: “Sylvie”

Fête du Bouquet provincial à Senlis, le 27 mai 1912.
Fête du Bouquet provincial à Senlis, le 27 mai 1912.

 

MARCEL PROUST

“Un des chefs-d’œuvre de la littérature française, Sylvie, de Gérard de Nerval, a, tout comme le livre des Mémoires d’Outre-Tombe relatif à Combourg, une sensation du même genre que le goût de la madeleine et « le gazouillement de la grive ».” M. Proust: “Le Temps retrouvé”

“Algunas personas, incluso muy letradas, desconociendo su rigurosa, aunque velada, composición, creyeron que De côté de chez Swann era una especie de recopilación de recuerdos que se encadenaban según las leyes fortuitas de la asociación de ideas. Como apoyo de esta contraverdad citaron las páginas en que las migas de una ‘magdalena’ me recuerdan (o al menos le recuerdan al narrador que dice ‘yo’ y que no siempre soy yo) todo un tiempo de mi vida, olvidado en la primera parte de aquella obra. Ahora bien, por no atenerme sino al punto de vista de la composición, para pasar de un plano a otro yo no había utilizado simplemente un hecho, sino lo más puro que había encontrado, lo más precioso como conexión: un fenómeno de memoria. […] Ábrase Les filles de feu de Gérard de Nerval […] la primera parte de Sylvie transcurre ante un escenario y describe el amor de Gérard de Nerval hacia una actriz. Repentinamente sus ojos caen en un anuncio: ‘Mañana los arqueros de Loisy’, etc. Estas palabras evocan un recuerdo, o más bien dos amores de infancia: de inmediato el lugar del relato se ve desplazado. Este fenómeno de memoria le sirvió a Nerval de transición, a este gran genio de quien casi todas sus obras podrían llevar el título que de principio yo le había dado a una de las mías: Las intermitencias del corazón.” M. Proust “Ensayos y artículos”

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Jean-Baptiste Corot, Souvenir de Mortefontaine, 1864.

 

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