TEMPESTA A PENMARCH (BRETANYA).-

Després d’haver visitat Sarah Bernhardt a Belle-Île, Proust i el seu amic, el compositor Reynaldo Hahn, van estar a Beg Meil del 7 de setembre al 27 de d’octubre de 1895. El pintor Alexander Harrison els va recomanar anar a la punta de Penmarch “d’ou une tempête est la plus sublime chose qui se puisse voir”.  A  Jean Santeuil, el protagonista viatja a Penmarch per tenir la experiència  d’aquesta tempesta:

“Jean, Pierre et le matelot déjeunèrent rapidement. Et ce fut par un beau soleil qu’attachés ensemble pour offrir quelque résistance qu vent ils montèrent la rue, puis le chemin qui monte vers les rochers, d’où l’on peut voir la mer. La violence de tout devenait de plus en plus incroyable. On ne distinguait pas au passage ce qui vous croisait en volant, tant cela volait vite. Sans voir la mer et à une lieue d’elle on recevait des paquets d’eau dans la figure. Il commençait à pleuvoir et on ne recevait pas de pluie qui au lieu de tomber était emportée dans le vent. Ils arrivèrent au haut de l’éminence, quand, tout à coup, ils entrèrent dans le royaume du vent dont ces collines défendaient l’entrée, et ils durent y entrer malgré eux à genoux, car sa force qu’ils n’avaient pas encore éprouvée et à laquelle ils ne s’attendaient pas, les souleva de terre et les jeta quelques pas plus loin, prosternés, accrochés des pieds et des mains au sol pour s’y retenir, n’osant pas relever la tête pour ne pas être étouffés. Quelques minutes se passèrent. Alors les deux autres restant couchés, le matelot se mit à genoux, puis les mit à genoux, et ils reculèrent de quelques pas à genoux sur les mains. Alors, étant un peu plus protégés du vent, ils regardèrent. Là où Jean avait pensé que la fureur de la violence, le vertige de la vitesse étaient à son comble, Jean vit, comme au commencement du monde après un combat de dieux, toutes les chaînes des Alpes qui s’installaient, chacune cherchant sa place, un autre pic venant un instant se dresser, colossal mais calme, et entre elles, des vallées si larges et si profondes que du haut de la cyme majestueuse et blanche on n’y aurait pas distingué un homme. Le soleil, donnant en ce moment, rendait éblouissant les glaciers de leurs cimes et les formidables cascades qui en tombaient avec un écroulement de tonnerre, mais comme au sein de ce calme profond qui règle sur les sommets au bord des abîmes.”

M. Proust “Jean Santeuil”

Monet: “Tempête, côte de Belle-Ile” (1887)

 

TEMPESTA D’HIVERN A RÉVEILLON.-

Una tempesta d’hivern al castell de  Réveillon li recorda a Jean l’experiència de la tempesta de Penmarch, a la Bretanya.

“C’était comme une mitraille dont le bruit ne cessait pas, tantôt rapproché faisant trembler les vitres, tantôt lointain, continuant pourtant et, si faible qu’elle parût, faisant ses ravages car on entendait des bruits mats de choses qui tombaient, tandis que le feu recommençait semblant venir d’ailleurs, se rapprochant, comme si on avait assisté à un combat peu éloigné qui avait lieu on ne sait trop où et qu’on ne pouvait voir. […]Ainsi Jean écoutait le vent, s’exaltant de sa force, et enchanté de sa douceur si poétique en effet, car elle est toute pure d’éléments étrangers, elle semble sans cause, elle peut faire penser à rien d’humain, à aucune action.

Mais ces idées qui venaient à Jean en écoutant le vent étaient des idées autres qui semblaient non pas creuses mais pleines, à la fois dans le passé, son passé à Penmarch, et le présent, et plus profondes […] y aller ne lui paraissait presque pas nécessaire, car le désir excité par le vent et le souvenir de Penmarch se résolvait non dans le plaisir égoïste qu’il aurait à Penmarch […]  il ne dévorait plus la vie avec une sorte d’angoisse de la voir disparaître sous la jouissance, mais il la goûtait avec confiance, sachant qu’un jour ou l’autre la réalité qu’il y avait dans ces minutes, ils les retrouverait à condition de ne pas la chercher, dans le brusque rappel d’un coup de vent, d’une odeur de feu, d’un ciel bas ensoleillé […]  Réalité qui est celle que nous ne sentons pas pendant que nous vivons les moments, car nous les rapportons à un but égoïste, mais qui, dans ces brusques retours dans la mémoire désintéressée, nous fait flotter entre le présent et le passé dans leur essence commune, qui dans le présent nous a rappelé le passé, essence qui nous trouble en ce qu’elle est nous-même, ce nous-même que nous ne sentons pas au moment, mais que nous retrouvons comme un miel délicieux resté après les choses quand elles sont loin de nous […], réalité que nous répandons tandis que nous écrivons des pages qui sont la synthèse des divers moments de la vie.”

M. Proust “Jean Santeuil”

Alexander Harrison: “Seascape” (1892-93)

 

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