1.-EL MAR A REVEILLON.-

Jean Santeuil passa les vacances amb els Reveillon. El seu castell està situat prop del mar. Es passeja a bord de diversos vehicles per la costa quan es troba amb el paisatge que serà recordat després:

“[…] à tous moments au bout des champs on voyait la mer dans un si grand repos qu’elle ne prenait même pas la peine d’effacer le sillage des bateaux, de sorte que, immobiles çà et là, ils semblaient avoir laissé pendre derrière eux un long cordage, peut-être être au bout d’une sorte de chaîne, peut-être rester échoués dans une sorte d’ornière de la mer qui paraissait là plus basse, comme ensablée. Et rien n’était plus confondu, ici flottant une couleur, une autre là ; comme une huile nageant ici, et là-bas l’eau était comme sèche.”

M. Proust “Jean Santeuil”

 

2.-EL LLAC DE GENÈVE.-

François-Louis David Bocion: “Le Lac Léman, ou Près d’Évian au lac de Genève” (1883)

A l’any següent, l’heroi està a Évian-les-Bains a la vora del llac de Léman. Jean intenta en va d’aclarir la bellesa del paisatge. Aquesta desesperació persisteix fins que  ha d’anar a una estació prop de Genève. Tot d’una, Jean és colpejat per una impressió:

“Le cheval trotte, l’air est assez vif, les villages traversés regardent par les habitants sur le seuil des portes, et la chapelle regarde sans voir de son mur ensoleillé. Mais tout cela ne fait, sans rien lui rappeler, que lui faire plaisir, quand au bout des champs, le lac de Genève tout le long apparaît, dans ce repos de quatre heures où les sillages s’étendent et se nouent comme de longs fils blancs sur la mer, tracé de la vie que garde la mer, beau comme le cerne des yeux et l’emmêlement des boucles. Curieux aussi, ce tableau de toute eau que le soleil descendu rend si sensible aux moindres dessins que des bateaux qui y semblent arrêtés font, comme suivis de quelque chose de plus immatériel que leur route, de leur itinéraire conservé par les eaux, comme si la vie humaine avait appris la géographie à la nature qui l’inscrit maintenant, s’est assez approprié ces souvenirs humains en notation de nuances et de lumières. En apercevant ainsi la mer (c’est presque la mer à cette heure-là) au bout de la route qu’il parcourt du trot rapide du cheval, Jean s’est aussitôt souvenu. Et voici qu’il la voit belle, qu’il en sent le charme, de cette mer d’autrefois, en la retrouvant là devant lui. Et soudain toute cette vie de là-bas qu’il croyait inutile et inutilisée lui apparaît charmante et belle, et son cœur se gonfle à la pensée de ces retours de Réveillon, quand le soleil baissait avec la mer devant soi.”

M. Proust “Jean Santeuil”

 

3.-LA MEMÒRIA INVOLUNTÀRIA.-

” Serait-ce que la beauté, le bonheur pour le poète, c’est dans cette substance invisible qu’on peut appeler l’imagination, qui ne peut s’appliquer à la réalité présente, qui ne peut s’appliquer non plus à la réalité passée que nous rend la mémoire, et qui flotte seulement autour de la réalité passée qui se trouve prise dans une réalité présente? […]. Ce lac […] c’est l’image d’une vie longtemps vécue et dont la beauté et le charme retentissent trop vivement dans mon cœur pour que j’aie besoin de chercher en quoi elle consiste .[…]Ce sont là les belles heures de la vie du poète, celles où le hasard met sur son chemin une sensation qui enferme un passé et qui permette à son imagination de faire connaissance avec le passé qu’elle n’avait pas connu, qui n’était pas tombé sur son regard et que l’intelligence, l’effort, le désir, rien ne pouvait lui faire connaître.”

Le Palais Lumière, Evian -Vitraux du hall

“Et ce plaisir profond, en justifiant que nous donnions à l’imagination la première place, puisque nous comprenons maintenant qu’elle est l’organe qui sert l’éternel, nous relève peut-être aussi nous-mêmes si heureux dès que nous sommes dégagés du présent, comme si notre vraie nature était hors du temps, faite pour goûter l’éternel et, mécontente du présent, attristée du passé, tressaillait tout à coup quand du choc du présent et du passé jaillissait quelque chose qui n’est ni aujourd’hui ni hier, cet aujourd’hui conservé sans modification de substance, mais qui est hors du temps, essence réelle de notre vie.  C’est pourquoi vivons, connaissons toutes les heures, soyons tristes dans les chambres, ne nous désolons même pas trop d’avoir vécu dans des voitures élégantes et dans des salons.”

M. Proust “Jean Santeuil”

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